Pestalotiopsis du fraisier : face à ce champignon, la prévention est votre seule vraie arme.

Culture de fraisiers sous abris touchée par le Pestalotiopsis

Pestalotiopsis du fraisier : face à ce champignon,
la prévention est votre seule vraie arme.
Technique
Fraisier
Phytopathologie
Hors sol & Plein sol

Au fil de nos visites chez les fraisiculteurs du sud de la France, nous mesurons à quel point le Pestalotiopsis bouleverse les exploitations. Décrit comme un problème majeur dans de nombreux pays producteurs — Chine, Mexique, Espagne, Italie — il a pris une ampleur significative en France dès 2024 et ne cesse de progresser. Ce qui rend ce champignon particulièrement redoutable, c’est qu’il s’installe souvent en silence, bien avant que les premiers symptômes visibles n’alertent le producteur.

Plants de fraisiers en culture sous abris
En sol comme en hors sol, aucun système de culture n’est épargné par le Pestalotiopsis — la vigilance s’impose dès la plantation.

Un champignon opportuniste aux symptômes progressifs et trompeurs

Le Pestalotiopsis — dont le nom scientifique complet est Neopestalotiopsis clavispora — est un champignon opportuniste qui s’installe préférentiellement après un stress ou une blessure de la plante. Il prolifère en conditions chaudes et humides : précisément les conditions que l’on retrouve sous abris en pleine période de production.

Les premiers symptômes apparaissent sur les feuilles, sous forme de petites taches brun-beige entourées d’un liseré plus foncé. Ces taches s’agrandissent progressivement à mesure que le champignon sporule, et l’on peut observer des pycnides noires à leur surface.

Ce qui rend la détection précoce si délicate, c’est que le plant ne fane pas immédiatement. Dans un premier temps, les symptômes restent foliaires et discrets. Ils peuvent aisément être confondus avec de la phytotoxicité ou avec d’autres infections fongiques du collet comme Phytophthora cactorum. Ce n’est qu’après l’expression complète des signes aériens que la plante entre en dépérissement progressif — principalement autour de la floraison et en fin de cycle.

Ce que j’apprends à reconnaître sur le terrain, c’est que le Pestalotiopsis ne se manifeste jamais de manière franche et immédiate. On observe d’abord un plant légèrement moins vigoureux que ses voisins, quelques taches sur une feuille — et on hésite. Est-ce un coup de chaleur ? Un excès de salinité ? C’est cette hésitation qui coûte du temps, et avec ce champignon, le temps joue systématiquement contre le producteur.

Mickael, Référent Technique Biogrow

Des dégâts qui s’étendent de la feuille au fruit

Symptômes foliaires du Pestalotiopsis sur fraisier
Les taches brun-beige à liseré sombre sur les feuilles constituent souvent le premier signal visible d’une contamination au Pestalotiopsis.

Le champignon ne se limite pas au feuillage. Il provoque un affaiblissement progressif et une pourriture du système racinaire — même si les racines restent souvent visuellement saines dans les premières semaines, ce qui complique encore le diagnostic. Le brunissement du feuillage s’intensifie autour de la floraison, et les dépérissements se généralisent en approche de récolte.

Les fruits eux-mêmes ne sont pas épargnés. On observe d’abord de fines ponctuations brunes de 2 à 4 mm, qui évoluent en larges taches brun-noir avec présence de fructifications fongiques à leur surface. Les fruits finissent par pourrir ou se momifier, entraînant des pertes commerciales directes qui viennent s’ajouter à la perte des plants.

Au final, le Pestalotiopsis est responsable d’un dépérissement généralisé qui concerne aussi bien les cultures en sol qu’en hors sol — aucun système de production n’est épargné.

Un champignon invisible à la réception du jeune plant

C’est l’un des aspects les plus problématiques de cette maladie : au moment de la réception de votre jeune plant contaminé, il est impossible de l’identifier visuellement. La contamination est latente, et son développement sera entièrement conditionné par les conditions climatiques et agronomiques qui suivront la plantation.

Un temps couvert, chaud et humide sous abris constitue le terrain idéal pour l’expression du pathogène. À cela s’ajoute tout stress hydrique ou nutritionnel — une conductivité trop élevée en particulier — qui affaiblit la plante et la rend bien plus vulnérable à la colonisation fongique.

Facteurs qui favorisent le développement du Pestalotiopsis

  • Hygrométrie élevée sous abris — conditions chaudes et humides prolongées, aération insuffisante
  • Stress hydrique et salin — conductivité trop élevée en solution nutritive
  • Blessures sur les plants — manipulations en cours de culture, dégâts mécaniques
  • Recyclage non désinfecté — solutions nutritives recyclées sans traitement de l’eau d’irrigation
  • Substrat non renouvelé — maintien d’un substrat ayant déjà été exposé à une contamination

La prévention : le seul levier vraiment efficace

Culture de fraisiers hors sol en conditions maîtrisées
La maîtrise du climat, de l’irrigation et du renouvellement du substrat constitue la meilleure protection disponible contre le Pestalotiopsis.

Face à ce champignon, la prévention reste la seule arme véritablement fiable. Les mesures prophylactiques suivantes permettent de créer un environnement défavorable à son développement et de maintenir des plants vigoureux — ce qui constitue la première ligne de défense :

  • Assurer une ventilation maximale sous abris pour maîtriser l’hygrométrie
  • Maîtriser la nutrition et éviter tout stress hydrique ou salin (conductivité maîtrisée)
  • Mettre en place une désinfection de l’eau si le recyclage des solutions nutritives est pratiqué
  • Inspecter régulièrement les plants, en particulier autour de la floraison
  • Éliminer rapidement tout matériel végétal présentant des symptômes suspects
  • Renouveler systématiquement les substrats après toute saison ayant subi une contamination

Un bon climat, une nutrition maîtrisée, une plante non stressée — c’est le meilleur outil phytosanitaire disponible contre le Pestalotiopsis.

Lorsque la contamination est avérée : que faire concrètement ?

Soyons directs sur ce point : à ce jour, aucune méthode curative n’a démontré une efficacité suffisante pour contrôler le Pestalotiopsis une fois qu’il est solidement installé dans une exploitation. Il n’existe pas de solution miracle.

Cela dit, l’inaction n’est jamais la bonne réponse. Dès les premières suspicions, il est essentiel d’intervenir sans attendre. Les applications — qu’elles soient à base de fongicides homologués ou de produits de biocontrôle — doivent être réalisées de façon à ce que le produit ruisselle sur l’ensemble de la plante jusqu’en son cœur. Ces traitements ne permettront pas d’éradiquer le champignon, mais ils peuvent contribuer à freiner sa progression et à préserver les plants encore indemnes.

Les produits de biocontrôle, notamment à base de Bacillus spp., font l’objet d’études actives et de premières applications prometteuses. Leur efficacité réelle en conditions de culture reste cependant encore à documenter plus précisément — nous vous tiendrons informés de l’évolution des résultats.

Notre engagement terrain face au Pestalotiopsis

Le Pestalotiopsis nous confronte à une réalité que le terrain impose saison après saison : la prévention n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Un substrat propre, renouvelé, aux bonnes caractéristiques agronomiques, contribue directement à maintenir des conditions racinaires favorables à des plants vigoureux et résistants.

Si vous observez des symptômes suspects sur votre exploitation, ou si vous souhaitez faire le point sur vos protocoles de prévention — ventilation, maîtrise de la nutrition, renouvellement de substrat — nos référents techniques sont disponibles pour vous accompagner directement sur le terrain.

La clé du succès reste la même saison après saison : prévenir plutôt que guérir. Un plant vigoureux, élevé dans un substrat sain et renouvelé, reste toujours le meilleur rempart contre les maladies fongiques.

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